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Même Ben-Gourion pensait que : " la plupart des juifs sont des voleurs "

jeudi 8 octobre 2020, par Talus

Même Ben-Gourion pensait que : " la plupart des juifs sont des voleurs "

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Even Ben-Gurion Thought ‘Most Jews Are Thieves’

Même Ben-Gourion pensait que :  " la plupart des juifs sont des voleurs "





Source : Haaretz

Gideon Levy



Une réfugiée palestinienne coupée de sa maison par la ligne d'armistice de 1949

A Palestinian refugee cut off from her home by the 1949 Armistice Line (Green Line), which was established after the Arab-Israeli war in 1948.Credit: Undated UN Archives

Une réfugiée palestinienne coupée de sa maison par la ligne d'armistice de 1949 (Ligne verte), établie après la guerre israélo-arabe de 1948. Photo non datée, Archives des Nations Unies.



The quote in the headline wasn’t uttered by an antisemitic leader, a Jew hater or a neo-Nazi. The words are those of the founder of the State of Israel, two months after it was founded. Prime Minister David Ben-Gurion was furious, or at least pretended to be, at a meeting of his political party Mapai, in light of the wave of looting of Arab property by the new Israelis throughout the nascent state.

The concept of a state born in sin had never been so concrete: “Like locusts, the residents of Tiberias swarmed into the houses…”; “total and complete robbery…not a thread was left in [any house]”; and “soldiers wrapped in Persian rugs in the streets,” are a few of the descriptions of what happened in front of everyone, and was never told as it really was.

Now the historian Adam Raz wrote about it: “Looting of Arab Property in the War of Independence,” and Haaretz’s Ofer Aderet reported on it in a shocking article in Haaretz on Friday. It should weigh on what is left of the conscience of any proper Zionist, and flood us with feelings of deep shame and guilt even after 72 years.

The authorities turned a blind eye and thus encouraged the looting, despite all the denunciations, the pretense and a few ridiculous trials. The looting served a national purpose: to quickly complete the ethnic cleansing of most of the country of its Arabs, and to see to it that 700,000 refugees would never even imagine returning to their homes.



Even before Israel managed to destroy most of the houses, and wipe from the face of the earth more than 400 villages, came this mass looting to empty them out, so that the refugees would have no reason to return.

The looters therefore were motivated not only by ugly greed to possess stolen property right after the war was over, property belonging in some cases to people who were their neighbors just the day before, and not only by the desire to get rich quick by looting household items and ornaments, some of them very costly. The looters also served, consciously or unconsciously, the ethnic purification project that Israel has tried in vain to deny all through the years. The looters were a cog in the large machine of the expulsion of the Arabs.


La citation du titre n'a pas été prononcée par un dirigeant antisémite, un juif haineux ou un néo-nazi. Ces mots sont ceux du fondateur de l'état d'israël, deux mois après sa fondation. Le premier ministre David Ben-Gourion était furieux, ou du moins feignait-il de l’être, lors d'une réunion de son parti politique, le Mapaï, en constatant la vague de pillage des biens arabes par les nouveaux israéliens partout dans l'état naissant.


L’idée d'un État né dans le péché n'avait jamais été aussi concrète : " Comme des sauterelles, les habitants de Tibériade ont envahi les maisons... ", " un vol total & complet... strictement rien n'a été laissé dans [quelque maison que ce soit] " & " des soldats drapés dans des tapis persans dans les rues ", ne sont que quelques exemples parmi les descriptions de ce qui s'est passé devant tout le monde & dont l’existence a toujours été occultée.

Récemment l'historien Adam Raz a écrit sur ce sujet : " Le pillage des biens arabes pendant la guerre d'indépendance " & Ofer Aderet, de Haaretz, en a parlé dans un article bouleversant paru dans Haaretz vendredi (le 2 octobre 2020, NdTalus). Cela devrait peser sur ce qui reste de conscience chez tout vrai sioniste, & nous submerger de sentiments de honte & de culpabilité profondes, même 72 ans plus tard.


Les autorités ont fermé les yeux & de ce fait encouragé le pillage malgré toutes les condamnations officielles, les faux-semblants ainsi que de rares & ridicules procès. Le pillage a servi un objectif national : achever rapidement le nettoyage ethnique de la plus grande partie du pays de ses Arabes & faire en sorte que 700 000 réfugiés ne puissent même pas imaginer rentrer chez eux.

Avant même qu'israël n’organise la destruction de la plupart des maisons & n’efface de la surface de la terre plus de 400 villages, ce pillage massif est venu les vider, afin que les réfugiés n'aient aucune raison d’y revenir.


Les pillards étaient donc motivés non seulement par l'affreuse cupidité de posséder des biens volés juste après la fin de la guerre, des biens appartenant dans certains cas à des personnes qui la veille même étaient leurs voisins, pas non plus seulement par le désir de s'enrichir rapidement en pillant des articles ménagers & des objets décoratifs parfois très coûteux. Les pillards ont également servi, consciemment ou inconsciemment, le projet de purification ethnique qu'israël a tenté en vain de nier tout au long des années. Les pillards ont été un rouage de la grande machine d'expulsion des Arabes.



Soldats de la haganah avec des biens pillés aux Arabes après la prise de Haïfa

Haganah soldiers with property looted from Arabs after the takeover of Haifa, April 1948.Credit: Fred Chesnik / IDF and Defense Establishment Archive

Soldats de la haganah* avec des biens pillés aux Arabes après la prise de Haïfa, avril 1948. Photo : Fred Chesnik / Archive des forces de défense israéliennes & de l’établissement de défense**.



* : la haganah (défense, en hébreu) était une milice sioniste. Créée en 1920 elle a servi de base à tsahal (l’armée israélienne) lors de sa création en 1948.

** : voir The IDFA and Defense Establishment Archive (en anglais mais le site est aussi en hébreu...)

Les archives des forces de défense israéliennes & de l'établissement de défense sont les principales archives historiques des fdi & de l'édd, ainsi que leur centre de stockage...



This looting, in which almost everyone took part, was the small looting, the one that proved if only for a moment that “most of the Jews are thieves,” as the founding father said. But that was mini-looting compared to the institutionalized looting of property, houses, villages and cities – the looting of the land.





And so, the intentions of the heads of the Jewish community who allowed the looting are more infuriating than the individual descriptions of it. It is amazing that it was never talked about, another one of the apparatuses of denial and repression by Israel society.



Thirst for revenge and drunkenness with victory after the difficult war might perhaps explain, even partially, the participation of so many. War is an ugly thing, and so is the day after. But when the looting reflects not only momentary human weakness but is intended to serve a clear strategic goal – purifying the country of its inhabitants – words fail.



Anyone who believes that a solution will ever be found to the conflict without proper atonement and compensation for these acts, is living in an illusion. Now think about the feelings of the descendants, the Arabs of Israel and the Palestinian refugees, who are living with us and alongside us. They see the pictures and read these things – what crosses their minds?

Perhaps a few of them once came across a Persian rug that belonged to their parents, or a glass display case that was their grandmother’s, a memory from their childhood, resting in the home of a Jew whose house they cleaned. Perhaps they see their grandmother’s coffeepot or their grandfather’s ancient sword on display in some Jewish home they were renovating.

They will never be able to see the villages of their ancestors: Israel demolished most of them, to leave not a shred. But one small stolen souvenir from the home that was lost might cause a tear to fall. Just ask the Jews enraged over any stolen Jewish property.


Ce pillage, auquel presque tout le monde a participé, était le petit pillage, celui qui a prouvé ne serait-ce qu'un instant que " la plupart des Juifs sont des voleurs ", comme le disait le père fondateur. Mais c'était un mini pillage comparé au pillage institutionnalisé des propriétés, des maisons, des villages & des villes : le pillage du pays.



D’autres articles de Haaretz en rapport :

  • Des soldats & des civils juifs ont pillé les biens de leurs voisins arabes en masse en 1948. Les autorités ont fermé les yeux

  • Enterrer la Nakba : comment israël cache systématiquement les preuves de l'expulsion des Arabes en 1948

  • Un journal hébreu subversif publié dans la Russie tsariste, & une communauté juive qui a cessé d'exister


Ainsi, les intentions des dirigeants de la communauté juive qui ont permis le pillage sont plus insupportables que ces descriptions d’actions individuelles. Il est incroyable que l'on n'en ait jamais parlé : un autre des procédés de déni & de répression utilisés par la société israélienne.



La soif de vengeance & l'ivresse de la victoire après la difficile guerre pourraient peut-être expliquer, même partiellement, la participation de tant de personnes. La guerre est une chose épouvantable & le jour d'après l’est également. Cependant, les mots manquent lorsque le pillage ne reflète pas seulement une faiblesse humaine momentanée, mais qu'il sert intentionnellement un objectif stratégique clair : nettoyer le pays de ses habitants.



Quiconque croit qu'une solution puisse être trouvée au conflit sans qu'il n’y ait ni expiation appropriée & ni compensation pour ces actes, vit dans l'illusion. Pensez maintenant aux sentiments des descendants, les Arabes d'israël & les réfugiés palestiniens, qui vivent avec nous & à nos côtés. Ils voient les images & lisent ces choses – que peuvent-ils en penser ?



Peut-être certains d'entre eux ont-ils un jour trouvé un tapis persan qui appartenait à leurs parents, une vitrine en verre qui appartenait à leur grand-mère ou un souvenir de leur enfance installé chez un juif dont ils nettoyaient la maison. Peut-être ont-ils vu la cafetière de leur grand-mère ou l'ancienne épée de leur grand-père exposée dans une maison juive qu'ils étaient en train de rénover.



Ils ne pourront jamais voir les villages de leurs ancêtres : israël a démoli la plupart d'entre eux, pour ne pas en laisser le plus petit fragment. Mais un petit souvenir volé dans la maison disparue pourrait faire venir les larmes aux yeux. Il suffit de demander aux Juifs enragés à propos de tout bien juif volé.




L’article de Ofer Aderet (un lien : Jewish Soldiers and Civilians … se trouve déjà dans le texte anglais) à l’origine de ce billet de Gideon Levy n’est accessible qu’aux abonnés de Haaretz, un compte " invité " qui permet d’accéder à trois articles par mois ne suffit pas.



Voilà, cette annexe au Talus est terminée, merci de l’avoir lue & de diffuser l’adresse du site :



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